Test de Resident Evil sur Nintendo Wii

Les fans de la saga doivent maudire Capcom. Combien d’euro la firme a-t-elle réussie à leur engloutir ? Jusqu’où sont-ils allés, dans quelles basses besognes se sont-ils laissé compromettre afin de décrocher leur Saint-Graal ? Nous n’avons pas la réponse à ces questions, tout juste un début d’estimation. D’abord, il y eut la trilogie originale sur PSone. Puis, coup de poignard : la trilogie, plus les épisodes 0 et 4, ainsi que Code Véronica passent sur Gamecube. A présent, couteau dans la plaie : on ressort l’intégrale sur Wii ! Et comble de l’ironie : l’actuel Resident Evil Archives est un remake de l’épisode Gamecube (2002), lui-même remake de la version PSone (1996). On commence à avoir peur… avant d’insérer le jeu, par l’ampleur de la fourberie capcomienne !

La synthèse des mythes de l'effroi

Resident Evil - Nintendo WiiResident Evil, c’est une succession de courses-poursuites avec différentes représentations de la mort par-delà les cultures. De multiples lectures contemporaines sont possibles, de l’influence typiquement japonaise de la bombe atomique sur Hiroshima (épidémie et holocauste foudroyant ; mutations génétiques aberrantes) aux visions occidentales de l'apocalypse (la retranscription clinique du pourrissement à l'intérieur de soi, et du cannibalisme selon Georges Romero ; la fascination de David Cronenberg pour les expériences ratées mêlant la science et la vie). Le dénuement n’est que temporaire : Jill Valentine, le personnage principal, doit trouver un moyen de locomotion efficace pour fuir, mais l’épidémie ne connait pas de frontières. La fin du monde est proche, inexorable... et toujours repoussée au prochain épisode. Tout juste Jill peut-elle gagner un sursis avant de connaitre à son tour une mort violente. La passion qui anime Resident Evil est de l’ordre du masochisme : la stupidité de la meute incessante de zombies, la cruauté sans borne des scientifiques ne laissent qu’une place au joueur, celle de victime. Car les ressorts de la peur fonctionnent d’autant mieux si l’on est fragile, comme l’a si bien démontré le plus grand auteur de littérature horrifique : H.P. Lovecraft.

Retour à Raccoon City

Resident Evil - Nintendo WiiPour lutter contre l’épidémie, le joueur doit remonter à son origine et reconstituer les pièces du puzzle. Capcom sait frustrer suffisamment le joueur afin qu’il goûte au prochain épisode : si certaines pistes sont rabâchées ou chronologiquement absurdes, d’autres demeurent à peine explorées de manière à conserver l’attrait du mystère. A cet égard, les films Resident Evil ont échoué : trop démonstratifs sur le plan de la narration, ils enchaînent des scènes d’action navrantes, et l’on meurt d’ennui au lieu de peur. Ce remake sur Wii offre ce qu'il faut en théorie du complot, en eugénisme délirant et en contamination génétique. Un manoir perdu dans Raccoon City sert de laboratoire secret pour le compte de la multinationale pharmaceutique Umbrella Corporation. Des tests expérimentaux ont lieu d’abord sur des insectes et des animaux, puis sur des êtres humains vivants afin de les changer en arme biologique capable de résister à la mort elle-même. Les têtes pensantes d’Umbrella Corporation crurent un temps en leur succès. Mais les erreurs scientifiques se multipliant, la paranoïa menaça leur faculté de jugement. Les fondateurs s'entredéchirèrent au point de perdre le contrôle de ce qu'ils avaient créer. Vous, membre d'un commando d'élite et accessoirement chair fraîche, êtes dépêché au coeur du manoir...

Peinture du Mal

Resident Evil - Nintendo WiiL'entrée dans le manoir est impressionnante. L'écran est chargé de colonnes, d'escaliers et de statues. La pièce est immense, mais paradoxalement on étouffe ! Lorsqu'après bien des rencontres inopinées et des errances dans les boyaux du manoir, on parvient enfin à gagner l'extérieur, on ne se sent pas mieux. Au contraire, on a la sensation d’être encore plus démuni face aux nouveaux dangers. L’ambiance est globalement réussie grâce au soin maniaque de l’équipe de développement, qui rend un bel hommage au jeu original de Shinji Mikami. Les zombies ne ressemblent plus à d’infâmes bibendums Michelin peints par Picasso en 1996. Ils sont laids, certes mais leur teint cireux, leur démarche de clochard aviné est sinistre à souhait. Ils sont touchés par la grâce d’une beauté glacée. Et que dire des Hunters… Non, mieux vaut ne rien dire, et laisser la surprise aux nouveaux.

Resident Ewiil

Resident Evil - Nintendo WiiOn espérait beaucoup du couple Wiimote / Nunchuk. Trop apparemment, car on est loin du fun d’un Resident Evil 4. Il faut un temps d’adaptation pour diriger Jill au Nunchuk, car sinon elle nous fait la danse des Sioux : elle court en rond ! C’est sympathique autour d’un feu, mais là on est sensé éviter de servir trop facilement de hachis parmentier. En effet, on ne dirige pas la caméra, et il est toujours impossible de se déplacer tout en visant. Les angles de vues nous sont donc imposés, mais c’est ce qui faisait parti du charme du jeu en 1996. Beaucoup de plans étaient issus du remake de la Nuit des morts-vivants réalisé par Tom Savini en 1990. La progression du jeu consite à chercher des armes et des munitions, ainsi qu'à résoudre des énigmes. Les nouveaux gamers vont avoir le plaisir de découvrir la marque de fabrique de la saga : les pénibles allers et retours dans le manoir pour un ruban encreur !

Journal de Chris

Resident Evil - Nintendo WiiCe qui renforce le réalisme dans Resident Evil, ce sont les nombreuses notes et informations disséminées tout au long de l'aventure, faisant intervenir les points de vue des différents protagonistes et progresser l'histoire (voir screenshot). Très succincts, ils portent généralement sur la folie gagnant peu à peu les esprits. Extrait des derniers instants de Chris Redfield :
« Dernière balle. Elle sera pour moi. Je repense à toutes les femmes de ma vie, celles que j’ai comblées, celles que j’ai croisées. Quelque chose sort de l’ombre. J’ai à peine le temps de croiser son regard qu’une morsure m’arrache un cri. Coup de feu. J’ignore si c’est l’envie d’en finir au plus vite, mais je m’évanouis sous le choc. C’est le moment le plus intense de ma vie et je le rate ! Certains meurent de soif, d’autres d’accident de voiture. Moi, c’est à cause d’une érection au mauvais moment. Réveil. Grésillement diffus, lumière vive. Mon cœur s’est arrêté de battre, le sang se ballade dans mes veines comme dans les conduits d’un lavabo. Mes facultés physiques sont surdéveloppées, mais il n’est plus question pour mon cerveau à moitié dévoré de quantifier ou d’interpréter. Un seul ordre me parvient du fond des entrailles : tuer pour manger ».

Platon21 le 16/7/2009

Evaluation du jeu

Graphismes14/20

Sept ans d'âge n'ont pas eu raison de ce Resident Evil. Il enterre avec dédain les Survival-Horror sur Wii (Alone in the Dark et autre Obscure 2). Reste que Resident Evil 4 s'est imposé depuis. Carton rouge pour les larges bandes noires qui envahissent chaque côté de la TV, puisque le jeu n'est pas compatible 16/9 !

Son16/20

Le point fort du jeu ! Surtout, augmentez le volume et profitez du moindre traînage de pied et gutturation de zombie. Surveillez aussi le bruit caractéristique de l'arrivée d'un Hunter. La musique suggère l'angoisse avec intensité.

Durée de vie14/20

Une dizaine d'heures est nécessaire pour en venir à bout. Après, il vous reste la chasse aux bonus dans un environnement bien plus aggressif.

Jouabilité13/20

Quatre types de maniabilité dont la "Nouvelle façon de jouer" : Wiimote / Nunchuk. Mais même avec cette configuration, les déplacements sont rigides. Rien de grave, le jeu commence à faire son âge : un peu d'arthrite !

Scénario13/20

A force de rebondissements, l'histoire perd peu à peu de son génie. On est loin de la qualité d'une nouvelle de H.P. Lovecraft, mais c'est peut-être de là que vient le problème : difficile de maintenir le suspens pendant dix heures.

Verdict

+ La bande-son en béton
+ Resident Evil est encore
agréable à regarder
+ Les bonus, mais ils
étaient déjà présents
dans la version GC

- L'incompatibilité du 16/9 =
bandes noires, en 2009 !
- Une maniabilité moins
souple que prévue
- Aucun effort de la part
de Capcom qui nous
pond un copié-collé
industriel de la version
GC

Bon

14/20

Indice Qualité Next NintendoPour le plaisir de ses membres et visiteurs, les articles de Next Nintendo sont soumis à une norme de qualité. Cette norme contient divers points clefs essentiels pour garantir un contenu de qualité, et qui permettront d'établir une relation de confiance entre nous.
En savoir plus

En images

Resident Evil - Nintendo WiiResident Evil - Nintendo WiiResident Evil - Nintendo WiiResident Evil - Nintendo WiiResident Evil - Nintendo WiiResident Evil - Nintendo WiiResident Evil - Nintendo WiiResident Evil - Nintendo WiiResident Evil - Nintendo WiiResident Evil - Nintendo Wii