Test de Manhunt 2 sur Nintendo Wii

Manhunt, c’est un peu le morceau de Kebab émergeant de la poubelle d’un fast-food. Lorsqu’on n’a rien de mieux à se mettre sous la dent, on le mange sans prendre garde à la diarrhée qui suit. Le malsain, le glauque, le chiasseux, c’est aussi ça, Manhunt, qui ne serait pas étranger au goût morbide de Sartre et de sa célèbre Nausée métaphysique. Considéré comme le jeu vidéo le plus dérangeant au monde (le plus violent ?), la suite de Manhunt vous donne l'occasion de replonger les mains dans le cambouis. Le jeu s’est fait unilatéralement roué de coups à sa sortie en 2007 (USA) et 2008 (chez nous), que ce soit dans la presse ou par les représentants des partis politiques. Examinons les raisons d’un acharnement sans précédent, et gardons-nous de tirer la chasse d’eau trop vite.

Un casting de cauchemar

Manhunt 2 - Nintendo WiiRockstar a pris le parti de s’éloigner de l’univers « plaisant » des Snuff movies et de son acteur principal, James Earl Cash. On n'est plus dans la peau de ce caïd condamné à mort (qui tue de façon originale pour faire grimper l’audimat de la Real TV), mais quelque part dans les limbes du subconscient d’un ancien cobaye, Daniel Lamb, dominé par une logique punitive et une imagination débordante. Quasiment amnésique suite à une expérience scientifique qui a mal tournée (nommée « Pickman Bridge »), il s’évade de l’asile où il croupit depuis six ans grâce à un autre détenu, un psychopathe nommé Léo Kasper. Les poursuivants qui cherchent à remettre en cage le malade que vous êtes tiennent peu du « bisounoursisme ». A vrai dire, ils sont presque tous aussi fous que vous : savants illuminés, pervers défoncés, tueurs à gages, flics ultras violents... Mettez tout ce beau monde dans un seul et même jeu et vous obtenez un univers Absurde, avec un grand A.

Pas de pitié pour les croissants

Manhunt 2 - Nintendo WiiLe ton est clairement posé dès le premier affrontement de face. Après un bref combat à main nue à la boxe façon Wii Sports, l’ennemi s’écroule et gît au sol. Léo vous encourage à l’achever à terre, comme le fit le producteur Starkweather dans le premier épisode. Le soin accordé à la reproduction des voix est assez impressionnant : les supplications de la victime vous arrachent forcément une hésitation. Et si la pitié vous gagne, la proie a le temps de récupérer et tente de s’enfuir. « Comme tu tiens à ta pureté, mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien, reste pur ! A quoi cela servira-t-il ? […] La pureté, c'est une idée de fakir et de moine […]. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j'ai les mains sales. Jusqu'aux coudes. Je les ai plongées dans la m... et dans le sang. […] C'est ce qui pue à ton petit nez d'aristocrate ». On pourrait croire ces mots sortis tout droit de la bouche de Léo. Or Les mains sales de Sartre est une pièce sur l’engagement. Lorsque l'on est confronté à une situation où la liberté de l’individu est réduite à tuer et à fuir, les états d’âme ne comptent plus. Danny s’engage sur la voie du meurtre pour survivre, et c’est les mains pleines de sang qu’il vomit son humanité.

Meurtres en série à la Killmote

Manhunt 2 - Nintendo WiiLa Wiimote fait des merveilles dans les phases de gunfights, en ciblant les ennemis avec le pointeur. Mais le cœur du jeu réside dans les fameuses "exécutions". Un panel d'armes conséquent permet de varier les plaisirs (Ha, le bon vieux sac-poubelle du premier épisode). Le décor peut servir de piège fatal à certains endroits indiqués par une tête de mort sur le radar, et on peut aussi taire un crime en profitant du bruit ambiant. Les pièges du décor déclenchent l’hystérie chez Danny, et sa façon de tuer devient (encore !) plus violente, notamment dans le meilleur stage du jeu : « Déviances sexuelles », où les clins d’œil aux films d’horreur cultes sont légions : Hostel, Le Dentiste… Pour les exécutions classiques, on commence d'abord par se cacher dans un coin sombre, tel le vieux Sam Fisher. On attend qu'un Chasseur s'isole de la meute, indiqué sur le radar comme une cible paisible. On dispose alors de trois niveaux d'intensité du meurtre suivant le temps qu'on puisse accorder à sa préparation. Le jeu passe alors en mode "caméra à l'épaule" où l'on doit mimer les gestes du tueur indiqués par des flèches à l'écran. Le Nunchuk est parfois mis à contribution, et c'est avec les deux mains que l'on découpe, broie, étouffe...

Un jeu « sang-suré » ?

Manhunt 2 - Nintendo WiiRarement les partis politiques conservateurs ne se seront acharnés autant après un jeu vidéo. Au point que le Syndicat des éditeurs de logiciels américains (l’ESRB) se sentit obligé, pour « ne pas perdre sa crédibilité », de le classer comme un jeu pornographique : « Adult Only ». Sony (PS2, PSP) et Nintendo ne voulurent pas du jeu en l'état, puisqu’il était tout simplement inconcevable à vendre : « Ce jeu constituera une anomalie au catalogue de la Wii » affirmait Stéphan Bole, PDG de Nintendo France. Rockstar dut faire un choix cruel pour espérer voir un jour son jeu mis en vente. C'est ce qui explique l'infâme "filtre" qui floute toutes les exécutions, que ce soit la version US ou Euro, Wii, PSP ou PS2. Le meurtre a bien lieu, mais on ne voit pas grand-chose tant l'écran est saturé de déformations. Le screenshot ci-dessus est tiré du premier Manhunt afin de constater la régression effectuée. Comment accepter que ce qui était autorisé en 2004 dans le premier épisode ne le soit plus dans sa suite, quatre ans plus tard ? Ce genre de "détail" dénature complètement les œuvres originales, manifestant une nette avancée des lobbies puritains, conjointe au recul de la liberté d'expression des artistes et des studios.

Platon21 le 23/4/2009

Evaluation du jeu

Graphismes10/20

On peut reprocher à Rockstar son copié-collé de la version PS2 et les bugs d'affichage. Pour la censure, ce sont les représentants de l’ESRB qu’il faudrait remercier à coups de batte de base-ball dans les cervicales.

Son15/20

L’ambiance glauque doit beaucoup à sa bande-son réussie : musique discrète et inquiétante, bruitages très réalistes des os qui craquent, cris variés des Chasseurs. Dès que l’un d’eux ouvre la bouche pour vous provoquer, on est fasciné par sa personnalité de psychopathe.

Durée de vie13/20

En mode difficile, vous n’avez plus aucune indication sur la position des ennemis, et la moindre indiscrétion de votre part est pénalisée par une course-poursuite mortelle. Manhunt 2 prend alors des allures de vrai jeu d’infiltration, et la patience est de mise.

Jouabilité13/20

Annoncé comme scandaleux d'après un psychologue : "Vous êtes globalement en train d'apprendre à un enfant les gestes à adopter pour tuer", le gameplay est en réalité plus fun que crédible. Manhunt reste un jeu, messieurs les censeurs. Et oui, on s’amuse !

Scénario10/20

La comparaison avec le premier épisode n’est, encore une fois, pas à l’avantage de sa suite. L’ambiance à la « 8mm » de Joël Schumacher était plus inspirée que ce long délire schizo.

Verdict

+ Le jeu le plus violent
de la ludothèque Wii
+ Le voyeurisme malsain
+ La boucherie avec les
pièges du décor
+ La jouabilité correctement
adaptée à la Wiimote

- La censure qui dénature
le jeu
- Les graphismes dépassés
et les bugs d’affichage
- La scène finale, car on regrette
l’affrontement d’anthologie du
premier épisode avec Piggsy. Ce
moment épique reste ancré dans
la mémoire.

Moyen

11/20

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Manhunt 2

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