Resident Evil : du jeu vidéo au cinéma

Le jeu vidéo s’est beaucoup inspiré des codes du cinéma. On assiste aujourd’hui à un retournement de situation : de plus en plus de films sont tirés de jeux vidéo, pour un résultat qui n’est pas toujours à la hauteur des attentes. Comble de malchance, la plupart des adaptations cinématographiques sont réalisées par le même homme, j’ai nommé Uwe Boll (House of the Dead, Alone in the Dark, BloodRayne, Dungeon Siege, Postal, Far Cry, Rampage, etc.). Ce type a le mérite de ne pas faire du cinéma commercial. Certes, mais question ambition artistique c’est un zéro pointé. Lorsque parue l'annonce d'un film tiré de Resident Evil, les cinéphiles eurent la puce à l'oreille, et les gamers la bave aux lèvres. Décryptage.

Une vision personnelle de l'horreur

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaLe premier film est celui qui a suscité le plus d’attentes. Imaginez un peu : nous sommes en 2002, à la veille de la sortie du remake du premier épisode (1995, PS1) sur GameCube. Graphismes puissance 128 bits, nouvelles armes, zombies à l’IA améliorée : c’est l’euphorie chez les fans. Pour convertir le grand public, Capcom investit un nouveau média : le cinéma. Si Resident Evil doit beaucoup à Alone in the Dark sur le plan technique (premier Survival Horror réalisé par Frédérick Raynal en 1992), il n’en va pas de même sur le plan narratif et artistique. Capcom s'est inspiré de la « saga des zombies » conçue par George A. Romero (La Nuit des morts-vivants, 1968 / Zombie, le crépuscule des morts-vivants, 1978 / Le Jour des morts-vivants, 1986). La première collaboration avec George Romero passe par une publicité : il est chargé de tourner celle de Resident Evil 2 en 1998 (VIDEO). Emballé par le résultat, Capcom lui demande de réaliser un long métrage à partir du jeu vidéo. Sony est à la production, logique vu que la série a vu le jour en 1996 sur PS1.

De l’hommage à l’éviction du maître de l’horreur

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaLe maître propose un SCRIPT en 1998, mais les producteurs de chez Capcom sont effrayés par ce qu’ils lisent. Trop violent, le film risque de choquer les comités de classification et de rester réservé à un public adulte. Capcom cherche à convaincre George Romero de ne pas franchir les limites du supportable. Cependant, le célèbre réalisateur a bataillé toute sa vie contre les aberrations moralisatrices ou commerciales, et il exècre plus que tout au monde la censure : « Mon but n'est pas de faire du gore. On ne se concentre pas sur le sang qui gicle. Mes films font peur, mais surtout, ils émettent un point de vue. Les zombies représentent un élément perturbateur qui permet de créer une situation nouvelle, et donc une source de réflexion. Les réactions humaines face aux zombies, c'est ça qui m'intéresse. Finalement, dans mes films, ce sont les hommes les mauvais, pas les zombies, qui ne sont qu'un révélateur. Mais je ne fais pas une dissertation pour autant. On est plus en 1968. Je ne crois plus pouvoir changer le monde avec mes films aujourd'hui. ResidentEvil était une grosse machine, et mon projet initial dérangeait. Je préfère travailler avec un budget très réduit afin d'avoir le contrôle total et retrouver une capacité d'improvisation. Je voudrais boucler la boucle, montrer que je suis revenu au cinéma indépendant de mes débuts ». Pour aller plus loin, je vous encourage à lire Politique des zombies : L'Amérique selon George Romero (ICI).

Changement de cap

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaLe divorce est consommé entre George Romero et Capcom en 1999. Resident Evil, qui devait être un retour aux sources, perd alors beaucoup de crédibilité. Capcom cherche un réalisateur de "films pop-corn" et tente de convaincre Christophe Gans. Hélas, il préfère tourner à l'époque Le pacte des loups, et par la suite Silent Hill en 2005. En octobre 2000, Paul Anderson est finalement engagé. Il est devenu célèbre pour avoir réussi l’adaptation du jeu vidéo Mortal Kombat au cinéma en 1995. L’astucieux réalisateur a en effet remplacé les Fatality du jeu par une débauche d’effets spéciaux. Si bien que le film ne comprend presque pas de sang et parvient à séduire en masse les adolescents par son côté High Tech. De plus, Paul Anderson sortait d’un échec (Event Horizon, le vaisseau de l'au-delà, 1997) qui avait subi les foudres de la censure. Capcom a donc trouvé un réalisateur docile, d’autant plus compréhensif quant aux enjeux commerciaux qu’il n’avait plus le droit à l’erreur. Muselé par Capcom, il fait de Resident Evil un film grand public avec moult effets spéciaux pour assurer le spectacle, et ainsi faire oublier l’absence d’éléments gores propres au jeu vidéo. L’histoire reprend les lieux et personnages du jeu, mais en invente curieusement beaucoup d'autres. Le script de George Romero est donc bien plus fidèle que celui de Paul Anderson. Mais c’est la volonté de Capcom qui prime : ceux qui ne connaissent pas les codes du jeu vidéo représentent la cible à séduire en priorité.

Resident Evil, Paul Anderson, 2002

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaAlice (Milla Jovovich) et Spencer sont mariés, et propriétaires d’un luxueux manoir proche de Raccoon City. Officieusement, tout ceci n’est qu’une couverture. Le couple est chargé par Umbrella (une multinationale spécialisée dans les technologies de pointe) de garder l’accès de « la Ruche ». Il s'agit d'un laboratoire expérimental souterrain et autarcique. Or, un groupuscule d'écologistes cherche à s'infiltrer afin de rapporter des preuves de leurs recherches illégales sur les armes biologiques, et détruire ainsi la société. Alice leur servait de contact et devait voler le virus "Tyrant", mais non seulement Spencer l’a fait avant elle, mais il a propagé le virus dans la Ruche par les voies de ventilation. Spencer pensait tirer un bon prix du virus, mais il n’a pas eu le temps de s’échapper : la Reine Rouge (l'intelligence artificielle contrôlant la sécurité) l’a enfermé. Tous ceux qui ne sont pas changés en zombies perdent temporairement la mémoire à cause d’un gaz neurotoxique libéré par la Reine Rouge. Alice se réveille dans le manoir, amnésique. Un commando de l'USS (Umbrella Security Service) l'entraîne dans la Ruche. L'USS doit désactiver la Reine Rouge dans les plus brefs délais, et surtout comprendre pourquoi elle a apparemment tué tout le personnel. Un véritable piège se referme sur eux puisque la Reine Rouge est programmée pour empêcher toute fuite du virus T. Une fois que l'USS l'a neutralisé, le personnel infecté est libre d’aller et venir dans la Ruche. Lorsque Alice revient au manoir d'Arklay, des hommes d'Umbrella la capturent. Le survivant infecté qui l'accompagnait est lui aussi enlevé, pour devenir le "Projet Nemesis" du second film. Des scientifiques et des soldats d'Umbrella commettent l’erreur de rouvrir la Ruche, et le virus T contamine la ville entière de Raccoon.

Une autre lecture

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaLe fan se demande benoitement : mais pourquoi avoir inventé un nouveau personnage alors que la saga compte déjà plusieurs héroïnes (Claire Redfield, Jill Valentine, Rebecca Chambers) ? Avant le tournage, Paul Anderson a demandé aux acteurs de lire ses deux romans préférés, Alice au pays des merveilles et A travers le miroir de Lewis Carroll. Dans les deux livres, une héroïne découvre un univers souterrain et mystérieux. La trilogie reprend ce procédé narratif : à chaque début de film, Alice se regarde dans le miroir de la salle de bain avant de s'aventurer vers l'inconnu. Les personnages adoptent également les caractères du livre. Alice est ingénue comme celle du roman parce qu'elle a perdu la mémoire. Le membre du commando Chad Kaplan joue le rôle du lapin blanc obsédé par le temps. Alice ne cesse de le suivre parce qu'il est le seul informaticien à pouvoir déverrouiller les portes. Spencer Parks représente le chat sournois : on ne sait jamais les motivations qui le poussent à aider Alice. Quant à Mattiew Addison, l'écologiste possède une vue sur l'ensemble des activités d'Umbrella, ce qui correspond au rôle de la chenille juchée en hauteur. L'intelligence artificielle nommée la Reine Rouge joue le même rôle que la Reine de cœur dans le livre : elle devient folle et coupe des têtes. Cette deuxième lecture confère au film un caractère de conte pour enfants, ce qui est paradoxal et rafraichissant pour un film de zombies.

Un casting pas frais

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaAlice (Milla Jovovich) est à moitié nue dès les premières scènes. Un passage obligé pour "Miss Loréal-qui-le-vaut-bien" afin de satisfaire les ados bourgeonnants ? Sinon, le reste des acteurs est pratiquement inconnu, excepté Michelle Rodriguez dont la prestation est convaincante. Les véritables stars du film sont les zombies : le travail effectué sur les différents maquillages est remarquable. Néanmoins, on revoit toujours les mêmes têtes au cours du film. Concernant l'aspect visuel, les ados qui regardaient Mortal Kombat des étoiles plein les yeux ont grandi depuis... En 2002, les effets spéciaux ne font plus peur : les trucages numériques sur les dobermans infectés sont assez pitoyables. De même pour les maigres combats qui spolient Matrix sans jamais en avoir la classe. Et cela empire avec le temps : il est encore plus difficile d’être immergé dans l’action aujourd’hui quand l’aspect plastique repose sur des ficelles aussi mal dégrossies. Le pire reste le Licker. Milla Jovovich fait ce qu'elle peut pour sembler effrayée par ce tas de polygones, mais comment y croire une seconde ? Le plus drôle reste la tête en feu du Licker, qui hurle, même sans corps. Le film est plein de bonne volonté, mais son budget modeste (32 millions de dollars) rend la fin involontairement comique.

Du jeu vidéo au film

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaLa trame originelle de Resident Evil est globalement respectée, puisqu'on assiste pendant 1h30 à la lutte d’une poignée d’hommes et de femmes pour leur survie. Mais dès le début, on sent la volonté de Paul Anderson de changer le rythme du jeu pour en faire un film nerveux. La voix du Dr William Birkin casse tout de suite le mystère sur les activités illégales d'Umbrella (W. Birkin dirige les recherches sur le virus T dans le jeu, mais il n'apparait pas dans le film). Les premières notes de musique glacent le sang. Normal, c’est Marilyn Manson qui ouvre le bal avec un thème particulièrement efficace (ICI). La bande-son branchée "métal" (Nine Inch Nails, Slipknot, Fear Factory) colle parfaitement à l'action. De nombreux clins d'œil au premier jeu émaillent le film : des corbeaux effrayent Alice, des dobermans infectés la poursuivent. Les lieux sont identiques : manoir immense, laboratoire clandestin. Des éléments de Resident Evil 2 sont aussi inclus : la fuite en train, le Licker, Alice vêtue de la même robe rouge qu'Ada Wong. Paul Anderson se paye le culot de copier une scène tirée du film Cube de Vincenzo Natali (le commando de l'USS doit prendre des poses de yoga afin d’éviter les rayons laser lancés par la Reine Rouge). La salle aux lasers a séduit le créateur des jeux, Shinji Mikami, si bien qu'il l'inclue dans Resident Evil 4 en 2005. Ce passage du film au jeu plait aux deux publics, spectateurs et gamers. Mais il est tellement exploité (le film Resident Evil : Extinction et le jeu Resident Evil : Umbrella Chronicles en 2007) qu'au lieu de devenir une référence, ce passage finit par être tout à fait ridicule et superflu. Autrement, la Reine Rouge est réutilisée dans Resident Evil : Extinction et le jeu Resident Evil : Umbrella Chronicles. La fin du film correspond à l'ouverture de Resident Evil 3, Alice est libre d'explorer la ville dévastée par le virus T.

Resident Evil : Apocalypse, Alexander Witt, 2004

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaLe succès du premier film (102 millions de dollars) est tel qu'il relance la mode des films de zombies. Capcom décide de faire une suite, mais Paul Anderson est trop accaparé par un autre projet, Alien vs Predator. C'est un parfait inconnu, Alexander Witt, qui est chargé d'appliquer à la lettre le scénario préparé par Paul Anderson. L'action reprend donc là où le premier film s'était arrêté : Alice (Milla Jovovich) est capturée dans le manoir d'Arklay. Les scientifiques d'Umbrella lui administrent une nouvelle version du virus T. Contre toute attente, le "Projet Alice" réussit : elle dispose à présent de capacités de combat surhumaines (son agilité, sa force et sa vitesse sont surdéveloppées). Mais pendant ce temps, les soldats d'Umbrella introduits dans la Ruche se font infecter. Les zombies accèdent à la sortie et contaminent Raccoon City. Alice se réveille à moitié nue (comme c'est original) et découvre la ville en proie aux zombies et aux Lickers. Umbrella, qui exerce une pression financière sur les autorités politiques, décide de couper la ville du reste du monde en établissant un gigantesque périmètre de sécurité. Alice se retrouve prisonnière avec le reste de la population, une meute d'infectés pour une poignée de survivants. Elle rencontre les membres de l'unité d'élite de la ville, appelée les STARS. Ils n'ont qu'une poignée d'heures pour s'échapper car Umbrella à l’intention de lancer une charge nucléaire suffisamment puissante pour raser la ville. Cette action aura pour mérite de stopper la contamination, mais surtout de détruire toutes les preuves. Le Dr. Ashford, à l'origine du virus T, trahit Umbrella et entre en contact avec Alice. On apprend que le virus T avait à l'origine un but médical, en régénérant les cellules mortes. Umbrella en a fait une arme biochimique incontrôlable. Le Dr. Ashford offrira à Alice une évacuation par hélicoptère à une condition : qu'ils retrouvent sa fille perdue dans la ville.

Du premier au second film

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaSi l'histoire s'inscrit dans la continuité, il n'en va pas de même dans la manière de filmer l'action. On n'attend plus quarante minutes avant de voir les premiers zombies, on est servi immédiatement par paquet de quinze. On passe des couloirs exigüs de la Ruche aux grandes allées commerciales de Raccoon City; de la crainte de se faire contaminer à la panique de se voir dévorer sur place par une horde de zombies. Le film a bénéficié de plus de moyens, c'est indéniable. Hélas, le réalisateur opte pour le parti pris de Paul Anderson : édulcorer le contenu gore du jeu. C'est à peine si on voit les enfants zombies manger de la chair humaine, ou bien un malheureux zombie se faire éclater la tête. Lorsqu'un survivant tire sur un zombie, on a un gros plan sur le gun, suivi d'un flash et d'une détonation. C'est tout ! Les acteurs ont tendance à surjouer, quand ce ne sont pas des scènes entières qui sont ratées (Alice qui rentre dans une église à moto, ou bien le Nemesis qui parodie Arnold Schwarzenegger dans Terminator 2). On assiste à un festival de Gatling et de lance-roquette, mais on ne voit jamais personne mourir dans l'action. La violence est camouflée par des flashs et des effets pyrotechniques à tout bout de champ. Le film est encore une fois interdit aux moins de 12 ans lors de sa sortie.

Clins d'oeil à la pelle

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaCapcom a joué à fond la carte du "fan service" avec moult références à Resident Evil 3 : Jill Valentine apparait vêtue comme dans le jeu (elle constitue un personnage doublon par rapport à Alice). Carlos Oliviera et Nikolai sont présents, ainsi que le Nemesis, ressemblant à Gérard Depardieu grimé en gothique (on rigole bien quand il traverse un mur en carton ou lorsqu'il affronte Alice). Enfin, une bombe éradique tout et les héros sont évacués en hélicoptère. Resident Evil 2 est aussi de la partie avec le camion fou qui renverse tout sur son passage, ou la quête de la fille disparue, qui correspond à celle de Sheryl. Le plus bel hommage reste celui envers Resident Evil : Code Veronica, lorsque Alice est arrêtée par un commando d'Umbrella. Elle lâche son gun pour mieux le rattraper et les élimine avant de toucher le sol. Un des personnages du jeu rend également plus cohérente la force herculéenne d'Alice. Albert Wesker s'est injecté les différents virus d'Umbrella (Progenitor, Tyrant) pour ne pas mourir. Cette combinaison inattendue décuple ses forces au point qu'il n'a plus grand-chose d'humain. Alice fait donc preuve d'autant d'extravagance que Wesker au combat. A noter : le nom du Dr. Ashford appartient en fait à la famille d'un des fondateurs d'Umbrella dans ce jeu. En dépit de son budget conséquent (45 millions de dollars) et de sa plus grande fidélité à l'univers de la saga, ce second film est plus raté que le premier. Mais il rapporte encore plus : 130 millions de dollars, d'où une énième suite.

Resident Evil : Extinction, Russell Mulcahy, 2007

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaLe succès des films rend Capcom euphorique. Le premier film a rapporté 17,7 millions de dollars le weekend de sa sortie en 2002, Resident Evil : Apocalypse a fait mieux avec 23 millions de dollars en 2004. Le troisième film a pour objectif de s'emparer de la tête du box-office américain, ce qui sera chose faite le jour de sa sortie avec 24 millions de dollars en 2007. Après l'Apocalypse, voici le temps de l'Extinction. Paul Anderson est encore plongé dans un autre projet, La course à la mort, mais fournit une fois de plus le scénario. Capcom confie la réalisation à Russell Mulcahy, (auteur de la trilogie Highlander). Dans Resident Evil : Apocalypse, Raccoon City fut détruite par une frappe nucléaire d'Umbrella. Non seulement la souche du virus T a survécu (ne me demandez pas comment), mais en plus le virus attaque de nouvelles formes de vie comme les plantes. En l'espace de cinq ans, le continent américain a fini par ressembler à un désert. Continent après continent, l'humanité est au bord de l'extinction. Alice (Milla Jovovich) apprend à maîtriser les pouvoirs psionics (guérison accélérée, télékinésie, pyrokinésie, champ de force et ondes de choc) conférés par la symbiose du virus T avec son organisme. Les rares survivants ont besoin de son aide pour rejoindre l'Alaska, seule région non infectée du fait de son isolement. Pendant ce temps, les scientifiques d'Umbrella tentent d'élaborer un vaccin. Persuadés que le sang d'Alice est la clé, l'ADN extrait durant sa précédente captivité est utilisé afin de concevoir des clones. Alice est de nouveau repérée, mais le jeu du chat et de la souris s'inverse : c'est elle qui traque les dirigeants d'Umbrella.

Plus de gore, moins de suspens

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaResident Evil : Extinction est plus violent que les précédents films. Il n'y a à vrai dire qu'une seule scène de combat contre les zombies. Comme ce sont des cobayes d'Umbrella infectés par le sang d'Alice, ils peuvent désormais courir. Ces zombies spéciaux font référence au remake du premier jeu sur GameCube, les « Crimson Head ». Leur voracité fait plaisir à voir, de même que le show d'Alice, une machette à chaque main. Les effets spéciaux sont plus réussis grâce à un budget accru (45 millions de dollars). Ce déferlement de morts est peut-être un peu trop démonstratif, si bien que le suspens et le sentiment de peur s'évanouissent. Autre fait notable : l'introduction du "Game Over". Le réalisateur s'amuse à nous faire croire que c'est l'originale qui meurt, alors qu'il s'agit de clones d'Alice. Ludique, sauf que les "Continue" infinis évacuent toute tension dramatique. La scène de domestication d'un zombie traité au sang d'Alice est hilarante. Au contraire, une autre scène avec un groupe de survivants est assez désespérante. Plutôt que d'aider les autres et de repousser les inévitables hordes de zombies, ces sadiques s'amusent à piéger les survivants en attendant de mourir eux-mêmes. Parfois, le réalisateur en fait un peu trop. Tels ces clins d'oeil appuyés (passages obligés de la salle aux rayons laser, des dobermans et des corbeaux contaminés / pillage systématique de la trilogie Mad Max (1979-1985) de George Miller / reprise de la problématique de Day of the Dead du pauvre George Romero). Des personnages importants du jeu apparaissent comme Claire Redfield ou Albert Wesker, mais leur présence à l'écran est anecdotique. À la fin du film, Alice combat un Tyrant ressemblant à celui du premier jeu. Les nouveaux pouvoirs d'Alice l'apparentent plus à une héroïne de Comics que d'être humain susceptible de mourir, donc d'éprouver de la peur. Ce film est sans aucun doute celui qui s'éloigne le plus de l'univers des jeux.

Resident Evil : Afterlife, Paul Anderson, 2010

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaResident Evil : Afterlife s’ouvre sur les parapluies des habitants de Tokyo. Premier clin d’œil au jeu vidéo : Umbrella signifie « parapluie », et la multinationale arbore un logo de cette forme. Passé le résumé des films précédents, Alice (Milla Jovovich) nous entraîne quatre ans plus tard, en pleine attaque du laboratoire souterrain d’Umbrella situé à Tokyo. Paul Anderson nous refait le coup du "Game Over", puisqu’Alice meurt dans l’assaut. Ses clones tentent de finir le travail, mais Wesker réussit à s’échapper en hélicoptère militaire. Cette scène n’est d'ailleurs pas sans rappeler le décollage final de Chris et Claire Redfield dans Resident Evil : Code Veronica. Le trajet en hélicoptère est l'occasion de changer les rôles entre Wesker et Alice. Wesker lui administre un sérum, ce qui annule tous les pouvoirs du virus T, et la rend de nouveau humaine. Bizarrement, Alice survit au crash de l’hélicoptère, et pas Wesker, contraint de s’injecter au dernier moment le virus T. Alice se rend ensuite en Alaska pour rejoindre les survivants laissés à la fin de Resident Evil : Extinction. Arrivée sur place, elle ne trouve personne à l’exception de Claire Redfield en furie. L'issue du combat est la même que dans Resident Evil 5 : une fois débarrassée du dispositif en forme de scarabée, Claire retrouve ses esprits. En survolant Los Angeles en avion, Alice trouve des survivants regroupés dans une prison qui leur sert de refuge. A leur contact, elle apprend que "l’Alaska" n’est pas l'État des États-Unis, mais un paquebot amarré à quelques kilomètres de la prison. Des milliers de zombies frappent aux portes de la prison. Certains sont des Majinis, les êtres infectés de Resident Evil 5 : leurs têtes s’ouvrent en quatre pour laisser découvrir une mâchoire avide de steak haché. On retrouve également le "bourreau à la hache", repris tel quel dans le film. Seulement, rien ne vient expliquer l’arrivée de ces nouveaux ennemis. Tout comme dans le jeu, le "bourreau" meurt au bout d’une heure de film, en qualité de semi-boss. Il aurait pu par exemple avoir un background aussi étoffé que le Némésis. En arrivant sur l’Alaska, Alice tombe dans le piège de Wesker, qui se sert de cet appât pour capturer des hommes non infectés. Il retarde en fait la folie inhérente au virus T en ingérant de l’ADN humain intact. Alice est un met de choix puisqu’en intégrant sa génétique supérieure, Wesker pourra reprendre le contrôle de lui-même. Sauf qu’elle le tue par la ruse, et accomplit les promesses de l’Alaska. Désormais, le navire offre réellement une protection et de la nourriture aux survivants.

Le film de trop

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaPas de chance pour Paul Anderson, je suis allé voir Piranha 3D la semaine avant la sortie de Resident Evil : Afterlife. Autant dire que le principal argument du film, à savoir de la cervelle et des tripes étalées en 3D, me laisse froid. Disposant d’un budget de 56 millions de dollars, on aurait mérité un film avec de "vrais acteurs dedans". Mais non, le casting est exclusivement constitué par des inconnus et des acteurs de seconde zone, c’est-à-dire issus des séries : Wentworth Miller (Prison Break), Kim Coates (Sons of Anarchy), et Ali Larter (Heroes). Le montage de Resident Evil : Afterlife cumule les incohérences, les raccourcis faciles, et élude les scènes avec un potentiel dramatique. Ce serait supportable si le film compensait ses lacunes par une ambiance décalée à la Shaun of the Dead. Hélas, Paul Anderson respecte le cahier des charges de Capcom en annihilant tout aspect humoristique et gore. Le film est aussi divertissant que l'intégrale de l'Inspecteur Derrick en comparaison du festival d’outrances de Piranha 3D. Que reste-t-il ? Le film n’a pas le temps de nous faire peur, à l’image des jeux vidéo depuis 2005 avec Resident Evil 4. On a donc droit à une heure et demie d’action non-stop. Paul Anderson a beau clamer avoir employé le même système de caméra qu’Avatar, on se retrouve à l'arrivée avec un "sous Matrix" en 3D. L’abus de scènes au ralenti tourne le film en ridicule, et finit par lasser au point de nous faire décrocher. On se réveille pour le combat final entre Alice et Wesker. Mais il est tellement calqué sur celui opposant Néo à l’agent Smith qu'il met une dizaine d’années de retard dans les dents de Resident Evil : Aftelife. Le film s’achève sur un "cliffhanger" dans lequel Jill Valentine fait son retour, et annonce un cinquième film. J’ai tapé du poing sur le fauteuil.

Conclusion

Resident Evil : du jeu vidéo au cinémaPour conclure provisoirement, les films dépassent le statut de simples produits dérivés en développant un univers singulier. Paul Anderson avait écrit à l'origine une trilogie. Mais le dernier volet de prévu, Resident Evil : Extinction, a dépassé toutes les espérances des producteurs (148 millions de dollars de recettes pour 45 millions de budget). Capcom et Sony exigent alors de Paul Anderson un quatrième film. A la suite du carton de Resident Evil : Afterlife 3D au box-office mondial (73 millions de dollars de recettes en un seul week-end), Milla Jovovich a confirmé un cinquième épisode. Elle annonce que le scénario devrait inclure des éléments suggérés par les fans : "Nous avons parlé à de nombreux fans de Resident Evil sur des réseaux sociaux. Notre film sera l'un des premiers à vraiment tenir compte de leur avis". Paul Anderson aurait dû commencer par là pour nous éviter les clichés des films de zombies et l'esprit Disney qui plombe la saga au cinéma. On se retrouve en 2011 pour le point final de ce dossier.

Platon21 le 25/9/2010