La bible des meilleures jaquettes

Des centaines de jeux encombrent les rayons de nos magasins préférés, si bien que l'on se perd vite dans l'embarras du choix. Une jaquette réussie met en valeur un jeu au point de nous convaincre de passer à la caisse. Mais combien d'entre elles sont réellement mémorables ? Débutons la visite du musée virtuel, des splendeurs les plus anciennes aux plus récentes. A vous ensuite de voter pour élire la jaquette la plus proche de la perfection dans le forum dédié.

Altered Beast, Megadrive, 1988.

La bible des meilleures jaquettesJe plains les petits jeunes qui n'ont jamais pu gouter à Altered Beast. Si le jeu s'inspire de la mythologie grecque, la jaquette est plus proche de Jérôme Bosch et de ses allégories fantastiques peuplées de personnages torturés et d’animaux hybrides. Une invitation en enfer à (re)découvrir sur Console Virtuelle (Wii), Sega Mega Drive Ultimate Collection (PS3) et Xbox Live Arcade (X360).

Shadow of the Beast, Amiga, 1989.

La bible des meilleures jaquettesVoici la jaquette qui surpasse toutes les autres, et ce depuis plus de vingt ans. Les auteurs de Shadow of the Beast ont eu les trippes de résumer l'histoire de l'art : le découpage des formes est cubiste, le choix et la saturation des couleurs est fauviste, l'assemblage mécanique des créatures est futuriste, le décor évoque à la fois l'art premier et le minimalisme japonais... Il y aurait tant de choses à dire sur cette synthèse parfaite, tant d'émotions à raconter que je vous laisse à votre propre contemplation.

Michael Jackson's Moonwalker, Megadrive, 1990.

La bible des meilleures jaquettes1990. Comment rester de marbre alors que ma star préférée explosait avec l'album Bad et investissait mon loisir de prédilection ? Les années 80, puis 90 ont passées. Sans pour autant sombrer dans la niaiserie, je ne garde pas de Michael Jackson l'image détestable que les médias et les tribunaux en ont fait. Moonwalker nous fait revivre la légende.

Another World, Amiga, 1991.

La bible des meilleures jaquettesAnother World (Out of this World aux USA) est le chef d'oeuvre d'Éric Chahi. Sa jaquette évoque le courant de peinture naturaliste et sa croyance en la futilité des efforts de l'homme face à la puissance de la nature. On voit un homme de dos, écrasé sous un ciel apocalyptique. Ce qui pourrait être une interprétation désespérée d’un tableau de Caspar Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages, où Chateaubriand admire de dos une montagne. Les références religieuses sont troublantes : bras en croix comme Jésus, face à un monolithe sorti de 2001 : L'odyssée de l'espace. Sans aucun doute la jaquette la plus intellectuelle.

Mortal Kombat, Megadrive, 1993.

La bible des meilleures jaquettesMortal Kombat s'est fait connaitre grâce à ses flots de sang et ses démembrements spectaculaires. Pourtant, on ne trouve aucune trace de violence sur la jaquette. Sega tolère le jeu de Midway sur Megadrive à condition que les consommateurs ne se trouvent pas directement exposés à la violence de la version arcade. Midway livre donc un jeu sans une goutte de sang. En apparence seulement, puisqu’un code de triche fait sauter le verrou de la censure et restaure l’intégralité des Fatality. La jaquette se veut donc sobre, avec le symbole d'un dragon qui touche la perfection.

Flashback, Megadrive, 1993.

La bible des meilleures jaquettesFlashback fait dans l'étrange avec sa jaquette au regard halluciné. Un scientifique découvre en 2142 l'existence d'extra-terrestres infiltrés au sein de la population. La jaquette montre le scientifique capturé en train de se faire effacer la mémoire. La quête de l'identité peut commencer. Moins violent que Total Recall (1990), film avec un Arnold Schwarzenegger tout en brutalité, le jeu vidéo n'en constitue pas moins un excellent hommage.

Grim Fandango, PC, 1998.

La bible des meilleures jaquettesLa jaquette de Grim Fandango montre des squelettes aztèques passés à la moulinette de Tim Burton (Beetlejuice, L'Etrange Noël de Monsieur Jack, Les Noces funèbres). Ajoutez-y une ambiance polar humoristique à la Sam & Max, et le cocktail obtenu met un bon coup de fouet à trente ans de jaquettes mornes ou clonées.

Ico, PS2, 2001.

La bible des meilleures jaquettesDeux petites fourmis aux ombres longilignes tentent de s'échapper d'une citadelle aux murs de pierre et aux pieds de sable. Fumito Ueda s'est battu pendant quatre années avant de voir enfin Ico se concrétiser. L'artiste a peint lui-même la jaquette, dont l'influence de Giorgio De Chirico et sa Mélancolie d’une rue est évidente. Le temps est figé, et le gamer émerveillé.

Red Faction, PC, 2001

La bible des meilleures jaquettesRed Faction sort sur... PC ! On s'en serait douté, tellement la jaquette ressemble à une affiche du Parti Communiste des années 1950. Les créatifs sont d'autant plus gonflés de détourner les symboles historiques du PC que le jeu constituait à l'époque une véritable vitrine technologique. Au lieu de jouer la carte du Half Life boosté aux polygones, les auteurs ont su donner une âme au jeu en lui conférant un aspect politique inattendu. L'action se passe au XXIIe siècle. Les ouvriers du jeu n'ont pas lu Marx mais vivent sur Mars (d'où le fond rouge). La société qui emploie les mineurs, la Corporation Ultor, emploie des méthodes fascistes : cadences de travail infernales, milice armée et ultraviolente. Le héros se rebelle contre les conditions de vie misérables qui asservissent les travailleurs. Est-ce bien une fiction ?

Viewtiful Joe, PS2, 2003.

La bible des meilleures jaquettesLa jaquette nous plonge dans une planche de BD des années 70 (le costume de Joe est largement inspiré de celui de Casshern, manga issu des studios de Tatsunoko). Le côté "poseur" de Joe ne fait aucun doute sur l'humour présent dans le jeu. La marque artistique du studio Clover (futur Platinum) ne fait aucun doute.

Second Sight, PS2, 2004.

La bible des meilleures jaquettesOn est tout de suite intrigué par cet homme chauve, sorte d'Hitman devenu soudainement sensible aux crimes qu'il a commit. Le clair-obscur qui enveloppe la peau du corps au point de le vêtir est époustouflant. Une jaquette qui inspire un sentiment tragique sur cette Second Sight (deuxième vue). On dirait une relecture du mythe d'Œdipe, quand il réalise que c'est lui le meurtrier de son père et l'amant de sa mère. Œdipe comprend que leurs enfants, issus de l'inceste, sont maudits. De désespoir, il se crève les yeux.

Grand Theft Auto : San Andreas, PC, 2004.

La bible des meilleures jaquettesAssurément la meilleure jaquette de la série GTA. Le split screen (écran divisé) compose un photomaton des habitants de San Andreas. Et quelles sales gueules : des gangsta blacks, des mafieux latinos, des flic bien blancs. GTA n'encourage pas la paix des communautés, mais met au contraire en exergue les différences pour mieux faire exploser la ville. L'action des différents cadres est synchronisée de sorte à nous faire partager leur quotidien : la violence, le sexe, la folie, les courses-poursuites avec la police. GTA, ou comment le polar a fait du jeu vidéo son lieu de débauche pour le plus grand plaisir des gamers.

Okami, PS2, 2006.

La bible des meilleures jaquettesLa jaquette d'Okami sur PS2 est bien supérieure à celle de la version Wii. Les couleurs chaudes sont en harmonie avec Yami, la boule rouge qui partage l'affiche avec Amaterasu. Et le fond clair est beaucoup plus cohérent avec les lettres calligraphiées et le respect des estampes japonaises. Mais que voulez-vous, c'est Capcom qui est responsable d'Okami sur Wii, et non le studio original, Clover. L'éditeur a eut l'incroyable fainéantise de ne pas créer lui-même la jaquette du jeu sur Wii : après avoir cherché des images sur Internet, ils ont juste récupéré un artwork d’Okami sur le site de jeux vidéo IGN. Capcom a bien évidement camouflé le logo du site américain, mais il apparaît quand même en surimpression sur la jaquette Wii. La preuve que ce n’est pas une « bête coïncidence », c’est qu’à la découverte du pot aux roses par IGN, l'éditeur s'est immédiatement engagé à remplacer la jaquette IGN par une autre, où le logo est cette fois entièrement effacé.

Odama, GameCube, 2006.

La bible des meilleures jaquettesNon, vous n'avez pas lu "Yes, we can" ou "Obama", il s'agit d'Odama. La jaquette fait ce qu'elle peut pour rendre compréhensible le concept bien barré du jeu. Le dieu sorti des nuages, c'est le gamer. L'énorme boulet de canon qui détruit tout sur son passage est en fait une boule de flipper. Sous ces airs fantaisistes, Odama est en fait un jeu de stratégie horriblement difficile. Le gameplay repose sur l'utilisation du microphone GameCube pour diriger votre armée et la boule, qui peut également se retourner contre vous. En effet, elle écrase tout, sans se soucier de savoir à quel camp appartiennent les unités. La jaquette est en soi un vrai casse-tête, et je l'aime pour ça.

Shadow of the Colossus, PS2, 2006.

La bible des meilleures jaquettesLe lien avec Ico est tellement fort que Fumito Ueda l'avouera : Shadow of the Colossus constitue bien une préquelle. Auparavant, les personnages sur la jaquette se sentaient minuscules face à un décor démesuré. A présent, le décor de pierre prend vie et forme un obstacle encore plus redoutable.

Mirror's Edge, PS3, 2008.

La bible des meilleures jaquettesJe n'aime pas Lara Croft, je préfère amplement Jade de Beyond Good & Evil. Mais lorsqu'une alternative crédible se dessine, je suis aux anges. Faith, jeune asiatique au look emprunté à David Bowie, est bien décidée à réveiller sa mégapole. On ne peut que craquer pour Mirror's Edge.

Muramasa : the Demon Blade, Wii, 2009.

La bible des meilleures jaquettesLa jaquette de Muramasa était impossible à rater. C'est un peu comme Okami : lorsqu'un jeu possède une aussi forte personnalité artistique, ce serait un crime si les éditeurs massacraient la jaquette (et pourtant, les commerciaux de chez Capcom l'ont fait sur Wii, quels boulets !). Pour les fans, signalons l'existence d'un site qui regroupe des artworks sur Muramasa (merci Yah).

Madworld, Wii, 2009.

La bible des meilleures jaquettesComparée à celle de No More Heroes 2, la jaquette de Madworld est très sobre. Pas de sang au large, juste ce qu'il faut sur la tronçonneuse. Ce qui m'a marqué, c'est la prestence de Jack, tout en puissance. Le fond est blanc, et pourtant Jack envahit quasimment tout l'espace disponible. Le personnage de Jack, avec ses lunettes sur la tête et sa testostérone à revendre, est un clin d'œil à l'Hellboy de Mike Mignola. Madword nous offre la chance de vivre dans une Sin City virtuelle avec son univers graphique en noir et blanc, et sa violence décomplexée. Une véritable BD interactive qui rend hommage à Franck Miller (Batman : The Dark Knight, Sin City, 300, The Spirit).

No More Heroes 2, Wii, 2010.

La bible des meilleures jaquettesLa jaquette du premier No More Heroes n'était pas très hardie. Marvelous corrige le tir pour le second épisode avec un Travis comme on l'aime : déchaîné et baignant dans le sang. Une jaquette très Pop Art avec son fond jaune flashy et son pointillisme rouge. Suda, on t'aime : ne quitte pas la Wii !

Heavy Rain : The Origami Killer, PS3, 2010.

La bible des meilleures jaquettesVoici une jaquette très efficace contextuellement : le titre du jeu prend tout son sens avec une "pluie battante" et un "tueur à l'origami". Tout est maitrisé, mystérieux, adulte. On n'a qu'une seule envie : suivre la signature laissée par le tueur.

Platon21 le 18/9/2010