La culture Hentai, ou la pornographie selon les japonais

Bienvenue dans ce dossier bien particulier et plutôt en décalage avec ce que vous pouvez voir généralement sur Next-Nintendo ou tout autre site traitant de cet art qui nous est cher : le jeu-vidéo.
Je vous propose ici d'en apprendre plus sur une face méconnue par les joueurs occidentaux de ce monde virtuel dorénavant si conséquent : le mystérieux monde des jeux érotiques et même, pornographiques.

"Japan Only"

La culture Hentai, ou la pornographie selon les japonaisSi l'existence de jeux pornographiques vous était jusqu'alors sombre voir inconnue, c'est tout simplement parce qu'ils sont strictement réservés au marché japonais. Lors de mon enquête, je me suis aperçu que nombre de personnes s'étonnaient de l'arrivée soudaine de jeux vidéos à caractère sexuel. Je parle ici de Rapelay, créé en 2006 par les studios d'Illusion. La boite a en effet récemment tenté l'exportation sur le continent de l'Oncle Sam de son produit phare dans lequel vous incarnez un violeur ayant pour but de violer une jeune collégienne, sa grande sœur et leur mère. Le jeu fut rapidement exclu du marché, non pas que les ventes eu été désastreuses, mais bien pour des raisons "évidentes" de censure.
Certaines des personnes interrogées ont été scandalisé par ce principe (et je ne vous parle même pas des étudiantes pseudo-féministes dans l'âme). Elles ont raison : comment diable un jeu vidéo mettant en scène un violeur pédophile et traitant les femmes comme des jouets sexuels a t-il pu voir le jour, et pire, faire un carton au Japon ?
Là où l'ont fait erreur, c'est en pensant que Rapelay est un cas isolé. En fait, et à la grande surprise de beaucoup d'entre vous, le marché japonais du porno virtuel est on ne peut plus florissant et ne cesse de gagner en popularité depuis maintenant vingt ans (et même plus si l'on se penche sur les déclinaisons). Cet "art" que l'on appelle le Hentai (littéralement "pervers" en japonais), détesté par les uns, adoré par les autres, fait parti intégrante de la culture manga et est parfaitement légitime au pays du Soleil-Levant.

Entaille ?

La culture Hentai, ou la pornographie selon les japonaisLe Hentai est donc le terme désignant non pas seulement les jeux pornographiques mais toute la face cachée de l'iceberg que les Français aiment tant : le Manga.
Le Hentai est un phénomène monstrueusement conséquent. Il s'agit de bandes dessinées érotiques et pornographiques, de dessins animés produits en plusieurs épisodes, de magazines et de sites spécialisés et surtout : des doujinshi (ou dojinshi).

Ce dernier terme désigne tout travail relevant de l'amateurisme. Ce sont très souvent des productions réalisées par des groupes de futur mangaka (dessinateur de manga) ou des fois même par des professionnels ayant un penchant pour le "côté obscur" du métier. Les doujinshi sont en réalité des "parodies" impliquant des personnages de manga ou de jeux vidéos, eux, officiels. Vous seriez surpris d'apprendre dans combien de ces "doujinshi" Tifa et Chun-li sont apparues. Il faut dire que ce sont de grandes habituées de la chose...
Ces histoires courtes font le bonheur des otaku et autres hikikomori qui se réunissent lors de grandes manifestations comme le "Comic Fest". Cela n'a rien de comparable avec se que vous avez peut être pu voir à la "Japan Expo" qui a lieu chaque année à Paris. Ici, on n'achète pas des peluches Card Captor Sakura en s'échangeant ses dernières cartes Pokemon derrière une partie de Super Smash Bros Brawl. Le "Comic Fest" ressemble d'avantage à un paradis de la pornographie japonaise où les otaku viennent par milliers acheter les derniers doujinshi de leurs auteurs favoris, quitte à y dépenser une petite fortune.
En dehors de cet évènement, le lieu de référence de la culture H est bien sûr Akihabara (ou Akiba), une zone commerciale de Tokyo où l'on trouve du matériel électronique mais aussi et surtout tout ce qui peut ravir un otaku.

Enfin, il existe aussi les jeux vidéos Hentai que l'on appelle par commodité les "ero-game". Certains d'entre eux, comme Rapelay, sont l'œuvre de firmes professionnelles mais beaucoup d'autre sont programmés par des amateurs. Et cela ne date pas d'hier. Le Hentai, tel un phénomène de mode, évolue avec le temps et ses diverses branches se déclinent elles mêmes en sous-thèmes tels que le Lolicon (pédophilie), le Shota (rapport sexuel entre une mère et sa progéniture), qui est lui même une sous-branche de l'Inceste. Mais cela peut partir dans le Yuri (rapports sexuels entre femmes) et même jusqu'à l'utilisation d'hermaphrodites (ou She-male) avec le Futanari.
On se rend compte qu'avec le temps, les phantasmes japonais n'ont cessé d'évoluer pour donner lieu à des variantes toujours plus trash dans les scenarii : défloraison, bukkake (vieille tradition japonaise où plusieurs mâles "arrosent" de leur semence le visage ou les parties génitales d'une femme), zoophilie, sado-masochisme, imprégnation, et même (dans des cas heureusement beaucoup plus isolés et encore "boudés" par la majorité) arrachage de dents ou décapitation pendant l'acte (nécrophilie) et autres sévices.

Mais que font les féministes devant cette avalanche hormonale dégoulinante ?

La culture Hentai, ou la pornographie selon les japonaisSaviez-vous qu'il n'y a pas vraiment de mouvement féministe en Russie ? Non, ce n'est pas parce que la Russie est un pays arriéré et dictatorial, mais simplement parce que les femmes y ont un rôle social et une importance tel qu'elles n'éprouvent pas le besoin de réclamer d'avantage de droits.
Au Japon, les raisons du laissez-aller Hentai sont pourtant différentes. Elles sont culturelles évidement, la femme japonaise est très difficilement comparable à la femme française ou américaine, mais c'est aussi pour une raison encore plus simple : dans l'industrie du Hentai, les femmes ne sont pas oubliées.

La pornographie pour femme n'a jamais été quelque chose d'omis au Japon et même au Moyen-Age il n'était pas rare qu'une demoiselle fasse un petit tour dans le magasin d'un artiste afin de lui acheter une estampe représentant un beau mâle en puissance.
Aujourd'hui encore, les femmes trouvent leur compte dans le marché actuel grâce aux manga pour adultes mais aussi avec les séries animés et les doujinshi "Yaoi" (impliquant des personnages masculins homosexuels). Petit délire très courant chez les otaku "femelles" : trouver qui est le Seme ("soumis") et qui est le Uke ("maitre") dans leurs couples homosexuels préférés. Là encore il s'agit souvent de parodier des personnages de manga, mais aussi des chanteurs à la mode et cela peut même aller jusqu'à des phantasmes Harry / Ron (oui, ceux de J.K Rowling).

La Censure

La culture Hentai, ou la pornographie selon les japonaisIl n'y a qu'une seule chose qui aurait pu s'opposer à l'ascension fulgurante (et pourtant si secrète) du Hentai au Japon : la Censure.
Mais qu'est ce que "la censure", ce mot tant employé de nos jours où l'on prône la liberté d'expression à tout va, même quand on a rien à dire. La censure, avant d'être morale, répond à un ensemble de règles établies par des hommes subjectifs disposant d'une expérience culturelle. La censure est un contrôle, un filtre que l'on place devant nos yeux, mais ce filtre n'est pas le même selon les pays et les modes de vie.
Si en France on floute les cigarettes à la télé parce que "FUMER TUE", il n'est en revanche pas interdit de montrer directement une femme et un homme avoir des rapports sexuels ou des propos exagérément grossiers dans des émissions de télé-réalité diffusées sur des chaines non-payantes à la sortie des écoles et collèges. En Chine, le filtre est des plus "épais", surtout dès qu'il s'agit de porter un regard sur le monde extérieur et en particulier, internet.
Aux États-Unis et en France, on se tronçonne les bustes gaiement dans Gears of War, on deal de la drogue dans GTA et personne ne dit rien.

La censure est aussi quelque chose qui évolue avec le temps : vous vous souvenez du Club Dorothée ? A l'époque, chaque programme manga (Dragon Ball, Les Chevaliers du Zodiaque, Sailor Moon, souvenez vous !) était rigoureusement soumis à une censure parfois plus sévère que nécessaire. On faisait donc disparaitre la violence des dessins animés à base de combat (Ken le survivant, Les Chevaliers du Zodiaque) et les blagues un peu trop érotiques (Ranma 1/2), quitte à réduire leur taille d'une dizaine de minutes et à les amputer de tout intérêt (on se souviendra longtemps du remaniement ridicule des doublages de Ken Le Survivant : Couteau de Cuisine, Couteau de Salle à manger !!!).

Merci "Famille de France". Pourtant, en ce XXIème siècle, la France s'est révélée être un des pays les plus grands consommateur de Manga. Alors, finalement, on ose plus trop censurer Naruto et ses copains et une tonne d'anime japonais envahissent les écrans TNT (Full Metal Alchemist, One Piece...).
Mieux encore, depuis une dizaine d'années, certains dessins animés Hentai débarquent même en France, intégralement traduits ! C'est le cas de Lingeries ou encore de Bible Black (renommé "Sexe et Magie Noire" ) qui a même eu le droit à une diffusion sur le satellite aux heures tardives...
La Censure n'est en RIEN morale, rappelez vous en : elle est humaine, tangible et mercantile.

Et le Japon alors...?

Paradox

La culture Hentai, ou la pornographie selon les japonaisEt si je vous disais que c'est GRÂCE à la censure que le Hentai japonais est si "hardcore", est-ce que vous seriez capable d'y croire ?
Il faut remonter dans le temps pour comprendre tout cela et l'accepter. Je pense plus précisément à "l'avant 1991". A cet époque, une loi sur la censure existait au Japon, mais leur héritage culturel ne les contraignait pas à rendre le sexe définitivement taboo, loin de là. Au contraire, il se trouve que la loi concernant la représentation graphique d'organes sexuels était des plus ambigüe et personne ne comprenait vraiment se qui était oui ou non interdit. Concrètement, il ne fallait pas que les organes sexuels soient trop réalistes.
Mais alors comment faire du pornographique sans réalisme ? Cela s'est d'abord traduit dans les ero-game et les doujinshi par l'absence de pilosité sur les personnages féminins (chose aujourd'hui révolue) ou bien en colorations intrigantes de verges masculines. Vous vouliez dessiner une scène à caractère pédophile ? Rendez donc votre héroïne imberbe et violacez le sexe de son compagnon : la censure vous laissera en paix.
Mais ce n'est qu'ici un exemple. C'est aussi pour rendre le Hentai "moins réaliste" que les demoiselles se sont parfois retrouvées affublées de poitrines si encombrantes ou que les godemichés ont eu leur heures de gloire avant de laisser place aux traditionnelles "tentacules", aujourd'hui un grand classique, récurrent à une majorité de productions. Grâce à cette loi sur la censure, les bases du manga pornographique étaient posées : formes exagérées, déferlement de sueur et de lait (?), attributs mammaires grossiers, démons mythologiques avides de frêles jeunes filles, poulpes géants mangeurs de virginité et j'en passe et des meilleurs.

Qu'est ce qu'un jeu porno ?

La culture Hentai, ou la pornographie selon les japonaisMaintenant que vous avez un large aperçu de ce nouveau monde, je crois qu'il est temps de vous parler un peu des ero-game, chose à laquelle il n'est pas bien facile d'accéder en tant que français, même otaku confirmé.
Un ero-game classique fonctionne généralement sous PC et ressemble en fait à une sorte de jeu de dialogues lors desquelles vous devez sélectionner les réponses que vous voulez le tout afin de séduire la charmante demoiselle virtuelle de tous vos désirs (demoiselle généralement dessinée en manga, comme dans Sakura Wars si vous préférez). Chaque jeu propose son univers ainsi que son casting de personnages, ce qui sera le principal argument de vente de chaque soft, chaque concepteurs se lançant dans une course effrénée à l'originalité et/ou à la qualité pour conquérir le marché (ça ne vous rappelle rien ?). Ce n'est qu'une fois la demoiselle conquise que vous serez gratifié d'une scène à proprement parlé érotique. Cela peut être sous forme d'images fixes ou bien via une véritable phase interactive en 3D par exemple ou bien en dessin animé (à la manière d'un jeu flash si vous voulez).

Pour en revenir à Rapelay, celui ci s'écarte légèrement de ce stéréotype dans la mesure où le jeu est presque intégralement en 3D et ne propose que très peu d'images fixes et dialogues, la phase de "drague" étant remplacée par du "tripotage dans le métro". Dans la pratique, on se sert de la souris afin de "palper" se que l'on souhaite et de sélectionner des actions via un menu. Dans le cas d'un jeu en troisième dimensions, on peut aussi jouer avec la camera afin de ne jamais rien manquer du spectacle.
Parfois, ces jeux prennent des formes plus anodines comme par exemple celle d'un mini RPG où figurent vos héroïnes de manga préférées et où chaque victoire se voit récompensée d'une nouvelle image H qui s'ajoute à votre galerie. Le célèbre Circle (les "cercles" sont en fait le nom donné aux équipes créatrices de doujinshi) "Crimson Comics" a par exemple publié des ero-game sous forme de vidéos faiblement interactives reprenant les dessins de leurs manga, la couleur et le son en plus.

The H World

La culture Hentai, ou la pornographie selon les japonaisLes ero-game suscitent de plus en plus l'intérêt des otaku non-japonais et pour cause, contrairement à se que vous pensez peut être, les otaku occidentaux sont pour la plupart parfaitement au courant de l'existence du Hentai. Peut être qu'une amie à vous phantasme sans relâche sur des couples homo-sexuels (thème largement abordé dans les Shojo et Shonen Ai qui eux, ne sont pas pornographiques et donc, parfaitement accessible à la vente sur le territoire français), ou peut être que votre meilleur ami n'osera jamais vous avouer que son image de la femme idéale vient d'un jeu de baston...
C'est assez flagrant quand on se penche sur le cas Newgrounds, célèbre site américain de parodies Flash. Il y a encore quelques années, ce site proposait essentiellement des parodies humoristiques réalisées par des amateurs, parfois très crues, parfois tout publique. Mais à présent, si vous vous risquez a taper en mot clé "Hentai" dans la barre de recherche du site, vous tomberez directement sur des ero-game (en flash, toujours) parfaitement occidentaux. La qualité de ces productions laisse bien souvent à désirer comparé au savoir faire et à la rigueur japonaise dans le domaine, mais petit à petit, le phénomène prend de l'ampleur.

Les doujinshi sont eux aussi de plus en plus lu et consommés, en témoigne la multiplication des sites occidentaux consacrés à ce domaine ainsi que les nombreuses "fan-trad" (traductions amateurs) réalisé. Si vous vous rendez sur e-hentai.org, vous constaterez peut être alors que les Américains s'adonnent librement à la production de doujinshi dit "Western" (pour occidental) et qu'une bonne parties des manga H traduit en Espagnole sont à caractère zoophile, de même que les Russes semble avoir un penchant pour l'Inceste et les femmes enceintes. Les Français eux, pas très originaux, se régalent des parodies de série connues tels que Naruto, Bleach ou encore One Piece. On en apprend des choses...

Le cas Nintendo

La culture Hentai, ou la pornographie selon les japonaisPour conclure, rassurons les parents : non vous ne verrez pas débarquer d'ero-game sur Nintendo DS et Wii en France. Ce n'est pas vraiment le genre de la maison. Précisons tout de même "en France" car au Japon les choses fonctionnent toujours de manières bien différentes.
Il arrive donc régulièrement qu'un jeu, non pas pornographique, mais "érotique" se fasse une place sur console de salon (c'était par exemple le cas des Tokimeki Memorial sur PS2 qui n'était en fait que des jeux de drague, sans sexe). Ces "faux ero-game" sont également légions (jeux de baston où les combattantes finissent dévêtues, mini-games à fortes connotations sexuels...).

Par contre, et là c'est beaucoup plus remarquable, je ne peux décidément pas omettre de vous parler de la vague "Love Plus". Réalisé par Konami, ce jeu sorti sur Nintendo DS (au Japon seulement) est en fait une sorte de Tamagotchi où l'animal est remplacé par une fille, mieux, par votre petite amie virtuelle. Le soft a tellement cartonné qu'il existe déjà une suite baptisée "Love Plus +", encore plus approfondie. Une version pour Iphone est même en préparation et se déclinera en trois programmes (soit trois petites amies différentes) au choix que l'on amènera partout avec soi. Les concepteurs ont même poussé le vice jusqu'à installer des bornes spéciales dans tout le Japon afin de faire "apparaitre" comme par magie votre petite amie virtuelle sur les photographies prisent avec votre appareil (qui oui, sera en mesure de "reconnaitre" les dites bornes). Si le jeu n'a rien de pornographique, on ne peut nier ses inspirations bien moins "propres".

Ainsi fermerons nous la dernière page de ce dossier spécial qui, je l'espère, vous aura permit de mieux comprendre ce que sont le "Hentai" et les "ero-game". L"underground" du jeu vidéo et du manga ne devrait plus avoir aucun secret pour vous à présent. J'en profite pour vous remercier d'avoir lu ce long dossier jusqu'à son terme et vous invite chaudement à venir nous faire part de vos impressions et questionnements sur ce sujet, autrefois tabou, via la rubrique "Commentaire".
Merci à vous !

Si vous voulez en apprendre d'avantage, je vous conseil vivement la lecture simple, mais efficace, des manga suivants :
-Genshiken de Shimoku Kio
-Bienvenue à la NHK de Kenji Oiwa
-Otaku Girls de Konjoh Natsumi
Ces trois séries étant éditées en France, vous n'aurez aucun mal à vous les procurer.

Dimitri le 23/4/2010