Le peuple japonais est plein de contradictions. Ils sont à la pointe de la technologie, mais respectent les cultures ancestrales avec ferveur. Ils sont réputés pour leur sérieux sans égal au travail, mais ils inventent les objets les plus inutiles qui soient. Ils possèdent des codes de politesse et de respect parmi les plus stricts au monde, et pourtant on les craint pour leur cruauté envers ceux qu'ils dénigrent. Ils vivent sur une île surpeuplée, et pourtant... ils se sentent seuls...

La solitude, c'est le point central du scénario de Fragile Dreams. L'histoire d'un jeune garçon, Seto, livré à lui-même dans un Tokyo laissé à l'abandon par les humains. Malgré son aspect cliché, qui a déjà lu des manga de Clamp (Card Captor Sakura par exemple) comprendra très vite de quoi je parle, Fragile nous transporte dans une aventure à la frontière entre l'horreur et l'émerveillement. Une œuvre d'art qui ne laissera sûrement pas indifférent, et qu'il sera très difficile de juger dans son ensemble, tant elle s'écarte du simple jeu vidéo pour prendre une véritable ampleur artistique. C'est un avantage à vrai dire, car le gameplay ne quitte finalement pas les standards du genre, bien au contraire...

Boku wa Seto

Fragile Dreams : Farewell Ruins of the Moon - Nintendo WiiPremière surprise lorsqu’on ouvre le menu option pour la première fois dans le jeu : les voix japonaises sont toujours présentes. Il y a même le choix entre voix anglaises et japonaises, voire même entre sous-titres français ou japonais. Pour qui voudrait se plonger totalement dans l’ambiance asiatique cela ne pouvait pas mieux tomber.

Ce point pourrait paraître anodin dans n’importe quel autre jeu, mais voilà, Fragile Dreams n’est pas n’importe quel autre jeu. Il aurait été dommage que les nombreuses cinématiques soient « gâchées » par des voix américaines. Il faut dire que le doublage américain n’est pas si mauvais, mais il sonne faux sur des personnages qui ont des mimiques typiquement japonaises. La voix toute fluette de Seto, par exemple, est remplacée en américain par celle d’un ado au ton grave et plus affirmé.

De plus le doublage japonais ne souffre d’aucune fausse note. Absolument tous les personnages du jeu, même les plus secondaires, jouent à la perfection. Et comme la quasi-totalité des textes est doublée, le dépaysement est total.

Un conte de fée moderne

Fragile Dreams : Farewell Ruins of the Moon - Nintendo WiiDu point de vue du scénario, celui-ci reste caractéristique du Japon. Les thèmes abordés sont la solitude, la mort, la vie à deux, les remords d'une vie gâchée par le travail... tout cela à travers à la fois l'histoire de Seto et des différents personnages qu'il va rencontrer en cours de route, mais aussi à travers de petites histoires que vous aurez à retrouver un peu partout dans les décors. Ces petites histoires sont simplement textuelles, comme n'importe document d'un Resident Evil ou d'un Silent Hill, à ceci près qu'elles sont racontées de vive voix par des conteurs. Il faut bien entendu être patient pour écouter du début à la fin chacune de ces nouvelles, d'autant plus qu'elles sont vraiment très longues.

L'aventure principale, elle, se concentre sur Seto. Parti de chez lui à la mort du vieil homme qui l'a recueilli, il va devoir traverser une ville désertée, hantée par des fantômes, pour trouver d'autres humains comme lui, les survivants d'une catastrophe dont on ignore tout. Même si le scénario se conclue sur une note des plus banales, le reste de cette aventure vaut vraiment le détour. Il y a beaucoup d'émotions, des personnages très attachants, et un univers à la fois très coloré et post-apocalyptique. Du grand art, qui ne tombe que rarement dans la facilité contrairement à ce que l'on pourrait penser au début.

Pour un gameplay un peu moins moderne...

Fragile Dreams : Farewell Ruins of the Moon - Nintendo WiiLa note est pourtant contrastée par le système de jeu. Il ressemble en vérité à de nombreux survival-horror de l'époque Playstation/Playstation 2, notamment le menu des objets. Vous aurez le droit au traditionnel menu séparé en cases. Chaque objet mis dans le sac vous prendra un certains nombre de cases, et autant vous dire que vous n'en aurez jamais assez. Entre les armes, assez encombrantes, la lampe torche, indispensable, et les différents objets (nourriture, clefs...) que vous ramasserez au fil des combats et de vos recherches, il faudra souvent venir dans des points de sauvegarde pour tout poser dans votre grande mallette, qui, à l'instar des coffres de Resident Evil, sont capables d'accueillir tout votre bazar.

Un système plutôt rigide donc, mais qui heureusement n'est pas si contraignant qu'il n'y paraît. Il y a en effet tout au long du chemin un nombre plus que suffisant de points de sauvegarde, et parfois carrément deux de chaque coté d'une même pièce. De plus vos armes se cassent au bout d'un certains temps d'utilisation, ce qui est finalement une bonne chose car vous les jetterez sans remord au cas où elles vous encombrent. Il suffira alors d'en racheter d'autres lorsque le marchand viendra vous voir, ou d'en récupérer une dans votre mallette.

Mis à part cela, vous passerez votre temps à fouiller les recoins de chaque zone avec votre lampe torche. Comme vous pouvez vous en douter, c'est à la Wiimote que vous déplacerez le faisceau lumineux. Petit bémol cependant, les déplacements ne sont pas aussi fluides que, par exemple, dans Silent Hill Shattered Memories. Le pointeur a du mal à gérer les rotations de caméra, cela gène un peu au début et puis l'on s'y fait. Mais cette rigidité n'aide pas vraiment en combat...

Défend-toi !

Fragile Dreams : Farewell Ruins of the Moon - Nintendo WiiLes joutes sont très nombreuses dans Fragile Dreams, et assez effrayantes à certains moments. Les ennemis, en effet, possèdent tous des silhouettes inquiétantes, allant de simples méduses fluorescentes aux chiens féroces, en passant par de terribles bras fantomatiques qui sortent des murs pour vous attraper, et bien d’autre encore.

A chaque rencontre de monstre, vous entendrez d’abord l’ennemi dans votre Wiimote avant de le voir apparaître à l’écran. Effet garanti, surtout que le point de vue à la troisième personne ne permet pas d’apprécier pleinement les distances pour frapper, et que les coups que l’on reçoit font en général très mal. De quoi redouter n’importe quelle apparition fortuite.

Il est cependant fort dommage que les monstres apparaissent toujours aux mêmes endroits. Les amateurs de défis ne seront de toute façon pas rassasiés par les affrontements. En effet les coups portés à l’ennemi font eux aussi très mal, et grâce au système d’xp le héros monte vite de niveau. Il suffit alors de choisir la bonne arme pour tuer les boss en trois ou quatre coups, en évitant simplement de se faire toucher. A ce sujet, il existe quatre types d'armes : les épées, les arcs, les lances et les marteaux. Toutes possèdent un design en rapport avec le monde déserté du jeu, à savoir des barre de fer rouillées, un bout de bois et une corde tendue pour l'arc, ou un balai en guise de lance, ce qui renforce encore plus l'ambiance inquiétante et désespérée qui règne dans ces endroits vétustes. On ne se bat pas vraiment, on défend sa vie.

Le voyage de Chihi... Seto !

Fragile Dreams : Farewell Ruins of the Moon - Nintendo WiiLe level-design est d'ailleurs plutôt étrange. Certaines pièces sont tout simplement immenses, et les parcourir de long en large pour en découvrir les secrets s'avère assez pénible. Les chemins se croisent à l'infini, certains allers-retours sont obligatoires en plein milieu de partie, et c'est bien là que repose toute la difficulté du soft. Se repérer dans les décors n'est pas difficile (la carte aide beaucoup), mais si vous voulez finir le jeu à 100 % il faudra vraiment vous armer de beaucoup de patience.

En revanche on ne peut que saluer le travail excellent des développeurs sur le choix des couleurs et le soin des détails apportés aux environnements. Les passages de nuit sont déjà très beaux, mais lorsque le jour apparaît (pas en temps réel, certains décors sont de jour et d'autres de nuit), on se prend alors une véritable claque en voyant ne serait-ce que les couleurs du costume de Seto, et du décor autour, envahi par la mauvaise herbe. C'est un peu comme si vous veniez de passer la nuit dans un hôtel en pleine forêt, et qu'au réveil vous constatez que vos avez dormi plus de 100 ans. Le Soleil brille, la Nature autour de vous respire et resplendit. Les chats, les oiseaux, les papillons, tout est là, comme avant, mais les humains ont disparu, et les murs de l'hôtel sont à présents couverts de lierre et de fissures. Vous êtes seul, dans un monde pourtant lumineux et féerique, vous êtes dans un rêve à la fois cauchemardesque, vous êtes dans Fragile Dreams...

Yah le 24/3/2010

Evaluation du jeu

Graphismes17/20

La composition artistique est des plus originales. Les changements d’ambiances et les décors hyper détaillés sont un vrai délice pour les yeux, malheureusement on dénote de nombreux écran noirs entre les salles, et des ralentissements lorsqu’un trop plein d’ennemi s’affiche à l’écran.

Son16/20

Là encore d’un point de vue artistique la bande-son remplit totalement son rôle. Certaines pistes vous ferez pleurer rien qu’à elles seules, d’autres évoquent le sentiment d’angoisse avec une redoutable efficacité. L’ajout d’un générique de début et de fin en japonais (par la chanteuse Aoi Teshima) est aussi une très jolie surprise, d’autant plus que les textes sont traduits dans les sous-titres.

Durée de vie12/20

A peu près dix à douze heures pour finir le jeu une première fois, c’est assez honorable pour un survival-horror, même si on aurait aimé que le scénario continue un peu plus dans sa lancée. La rejouabilité est quasi-inexistante, la faute à une absence de niveau de difficulté. Cependant il faudra passer de nombreuses heures si vous voulez chercher tous les documents cachés dans le jeu. On note aussi la présence de bonus sympathiques, comme la possibilité de revoir les scènes du jeu ou de visionner des artworks.

Jouabilité13/20

Un système de combat un peu hasardeux, mais qui est sera compensé par une relative faiblesse des ennemis. Finalement l’intérêt du soft se trouve dans l’exploration, comme dans de nombreux jeux du genre. Un jeu réserver à ceux qui préfèrent marcher tranquillement en observant le décor et en se torturant l’esprit plutôt qu’aux habitués du rentre-dedans.

Scénario18/20

Fragile Dreams nous fait sauter à pieds joints dans la culture nippone. Dans ses craintes, ses aspirations, son folklore rempli de fantômes et son admiration pour la robotique. De ce fait les âmes errantes côtoient les poupées sans âme que sont les machines. Même si certains moments donnent des airs de déjà-vu, le tout reste très poignant. Une expérience hors du jeu vidéo, que l’on soit fan du Japon ou non.

Verdict

+ Un œuvre d'art à
part entière
+ La culture nipponne dans
toute sa splendeur
+ Des décors on ne peut
plus détaillés

- Manque de lisibilité
en combat
- Jeu très contraignant
et progression lente

Bon

14/20

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